Cosi fan Tutte

À la suite du succès des Noces de Figaro, Joseph II qui appréciait Mozart, lui confia le soin d’écrire un opéra du genre buffa en relation avec Lorenzo da Ponte, poète impérial successeur du grand Métastase. Il fixa le thème inspiré d’un évènement réel qui avait amusé tout Vienne : deux officiers à Trieste avaient échangé leurs femmes.

Livret et partition furent écrits en un mois, en décembre 1789. La première représentation eut lieu le 26 janvier 1790. Jouée à cinq reprises au Burgtheater de Vienne, la pièce fut interrompue par la mort de l’empereur le 20 février 1790 et rejouée ensuite cinq fois également en avril. Mozart s’est pris au jeu de la comédie napolitaine, ses personnages sont légers, échangent leurs fiancées et le jeu de l’amour produit ses effets, conduisant pour certains à une simple et apparente morale de divertissement : ainsi font-elles toutes.

La musique, qui accompagne les dialogues mais en ajoutant ses sous-entendus, traduit le talent de Mozart et sa subtilité. Da Ponte exprime dans Cosi sa verve habituelle de Vénitien blasé, s’inspirant de l’Arioste, d’Ovide mais aussi du sérieux Goethe, entre autres auteurs. Il manie le sous-entendu grivois et l’équivoque dans une pure théâtralité faite des conventions du buffa. Mozart et Da Ponte ont réalisé là leur troisième chef-d’œuvre, un chef-d’œuvre beaucoup mieux compris depuis les années 1950.

L’intrigue de Cosi, apparemment simple, n’en a pas moins suscité de nombreuses interrogations sur les thèmes du jeu amoureux auquel on est pris, ou du dialogue entre les esprits et les corps qui décident. Mozart comme da Ponte ne donnent pas les clés.